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CULTURE : DES MÉTIS EN PLEINE ASCENSION
« Les Métis ont montré en général des talents distingués ; et, dans les différents rangs de la société, on en a vu remplir avec honneur les emplois qui leur étaient confiés. Comme règle générale, ils ont plus de dextérité et d’aptitudes diverses que les hommes de même condition avec lesquels ils se trouvent en contact. »

Mgr Alexandre Taché (Esquisse du Nord-Ouest, 1901)

D’Est en Ouest, nombreux sont les Métis à faire honneur à Louis Riel et à leur nation tout entière. Mais souvent modestes et trop discrets, quand ils ne sont pas simplement inconscients de leurs talents, ils demeurent dans l’ombre ou refusent toute entrevue. Débutée en mars avec une présentation de l’écrivain Jean Morisset1, cette série se poursuit ce mois-ci sous forme de capsules destinées à mieux faire connaître des Métis qui se sont récemment distingués par un savoir-faire, une passion, la perpétuation d’une tradition ou une création propre à enrichir le patrimoine culturel commun.

ARCHIE MARTIN ET GUÉGANNE, REPRÉSENTANTS ARTISTIQUES INTERNATIONAUX


Archie Martin et Guéganne
Collectionneur de tableaux autochtones, conteur, animateur, chroniqueur, danseur, créateur de costumes… À ses multiples dons, Archie Martin2, représentant de la communauté 12 de Montréal-Hochelaga (AAQ), de l’Union métisse Est-Ouest dans les Maritimes et des Services para-judiciaires autochtones du Québec, joint ceux de cuisinier et de gastronome. En effet, du 10 au 13 avril dernier, les auditeurs français de l’émission « Soupes du Monde », animée par Carole Chevrier sur les quarante-deux réseaux de Radio France-Bleue, ont pu découvrir grâce à lui la recette de la savoureuse soupe Odeïna, préparée à base de maïs, de venaison, de légumes sauvages comestibles, de primevères, de fougères ou « herbe à vaches » et de riz sauvage. Une tradition millénaire remontant aux Iroquoiens, un peuple sédentaire qui vivait dans les années 1000-1035 sur l’île de Montréal, où des archéologues ont mis au jour de nombreux fragments de vases ayant contenu ce mets. M. Martin a également profité de son passage dans ce média pour initier le public à l’histoire des Métis.

Dans le même temps, sa sœur Guéganne3, artiste-peintre de Shédiac (Nouveau-Brunswick), se voyait décerner la prestigieuse médaille de l’Académie européenne des Arts-France lors de son exposition au Salon artistique international 2006 de Paris. Durant une dizaine de jours, des milliers de visiteurs avaient pu admirer un large éventail de ses œuvres, un hommage aux Autochtones, aux animaux et à la Terre-Mère, dont la richesse de couleurs et de formes géométriques se situe au croisement de l’art figuratif et de l’art abstrait. Sur sa lancée, Guéganne s’apprête à concourir dans le cadre de l’UNESCO sur le thème «un enfant, un arbre, un projet».

GILLES RHÉAUME, SEPTIÈME « PÈRE » DE L’UNION MÉTISSE EST-OUEST


Gilles Rhéaume
Tout début mars, Gilles Rhéaume4, conseiller général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) et chercheur à la chaire d’Histoire Hector-Fabre de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), faisait son entrée de membre dans l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba (UNMSJM), présidée par M. Gabriel Dufault. Ce descendant d’Abénaquis devenait ainsi le trente et unième Métis de l’Est officiellement reconnu par ses cousins de l’Ouest, les noms des trente premiers ayant été cités le 11 octobre 2005 lors d’un événement culturel à la SSJBM5. En acceptant cet honneur, M. Rhéaume, champion inconditionnel de l’indépendance du Québec, a manifesté sa volonté de dialogue avec des partenaires aux idées politiques résolument opposées aux siennes : «Nous sommes Métis avant tout, a-t-il déclaré, et je suis solidaire de mes frères de l’Ouest».

Par ses dons de tribun, son engagement dans la défense de la langue française et sa fidélité à Louis Riel – auquel il a consacré de nombreux articles, conférences et même un opuscule demeuré étonnamment d’actualité, L’Affaire Riel6 –, c’est tout naturellement que Gilles Rhéaume s’est aussi imposé à la table des leaders de l’Union métisse Est-Ouest : MM. Gabriel Dufault, Raymond Cyr, porte-parole des Métis de l’AAQ et premier Métis de l’Est à avoir été nommé membre de L’UNMSJM7, Carl Dubé, qui, lors son élection à la présidence-chefferie de l’AAQ en août 2005, fut un peu le « catalyseur » de cette association, Claude Forest, représentant culturel de l’UNMSJM, Archie Martin et Jean Jolicœur, représentant des Premières Nations. Auteur d’une thèse sur le droit des peuples et interlocuteur francophone auprès de plusieurs instances internationales, M. Rhéaume devrait être amené à rendre de précieux services à ses pairs.

ODETTE POITRAS
PRÉSIDENTE DE LA SECTION LOUIS-RIEL DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL


Pierre Poitras (au centre)
Le 5 février dernier, c’est une petite dame aussi surprise qu’émue qui apprenait son élection à la présidence de la section Louis-Riel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) : en effet, Odette Poitras, qui voue un culte au chef métis depuis sa prime jeunesse, n’est autre que l’arrière-petite-cousine de feu Pierre et François Poitras8, proches parents de Louis Riel. Elle se plaît d’ailleurs à préciser que le premier fut membre du gouvernement provisoire de la rivière Rouge en 1870 et le second, l’un de ceux à qui échut l’honneur de porter le cercueil du patriote, le 12 décembre 1885, entre la demeure de Mme Riel mère, à Saint-Vital, et le cimetière de la Cathédrale de Saint-Boniface (Manitoba).

Odette Poitras a effectué une carrière impressionnante de communicatrice dans d’importantes sociétés au pays : Radio-Canada, Expo 67, Onyx Films, les productions Carle-Lamy, Téléfilm Canada (SDICC), le Conseil consultatif sur la situation de la femme (Ottawa), Pétro-Canada, la SSJBM, etc. Passionnée d’histoire et de généalogie, elle se consacre aujourd’hui à ses deux plaisirs en rédigeant notamment un mémoire sur la vie de ses ancêtres, dans lequel l’Algonquine Marie Miteouamegoukoue voisine avec Pierre Couc, soldat de la Compagnie des Cent-Associés (entreprise commerciale créée en 1627 par Richelieu), et Maurice Ménard, «interprète des langues outaouaises auprès du Roy» lors de la Grande Paix de Callières (1701), avec Marguerite Grant, la fille de Cuthbert Grant9, fondateur de la nation métisse dans l’Ouest (1816).

Parallèlement, la nouvelle présidente s’attache à développer les activités de sa section dans l’esprit de Louis Riel. Ainsi vient-elle de remettre le prix Jean-Saint-Amour10 à un travailleur social, M. Jacques Hannon, d’Anjou (Montréal). Beaucoup de gens ignorent en effet que le père du Manitoba exerça ce métier dans les années 1880-1883 aux États-Unis. Mme Poitras envisage également de réorganiser les Vigiles Louis-Riel du 16 novembre, fondées en 1999 par un Métis montagnais, Victor Charbonneau, en mémoire du jour de la mort du résistant. À cette fin, elle devrait s’assurer la collaboration des représentants du district Louis-Riel (quartier Mercier-Hochelaga-Maisonneuve), des enseignants et des élèves de l’école secondaire Louis-Riel, ainsi que de quelques leaders métis.

DANIELLE ROBINEAU ENTRE CAMÉRA ET STYLO


Danielle Robineau
On la connaît comme modératrice du forum de discussions de La Nation autochtone du Québec. Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que cette jolie femme dont le franc-parler – le franc-écrire, devrais-je plutôt dire – n’excède jamais les règles de la politesse, est une « camerawoman » chevronnée doublée d’une conteuse sur le point d’éclore.

Née à Macamic (mot algonquin signifiant « Castor boîteux »), en Abitibi, et élevée dans le petit village d’Authier-Nord, rien en apparence ne prédestinait Danielle Robineau, descendante d’une Mi’k Maq par sa mère, Cécile Arseneault, à faire carrière dans le cinéma ou l’écriture. Mais très tôt, son père, Daniel Robineau, bûcheron, chasseur, pêcheur et cueilleur, lui apprend à développer ses dons d’observation et d’écoute de la nature : «Lorsque je l’accompagnais dans ses chasses, il m’expliquait comment me diriger dans la forêt en me fiant au soleil et, par temps sombre, à la mousse qui pousse au pied des arbres, côté nord, là où la lumière ne perce jamais. Le soir, il s’asseyait dans sa chaise-berceuse et se mettait à raconter toutes sortes d’histoires sur sa vie d’homme des bois. Des heures durant, je recueillais religieusement ses paroles…» se remémore l’interviewée.11

Forte de cet enseignement peu académique mais d’une grande richesse, Danielle Robineau se découvre en grandissant une passion pour le dessin, la peinture, et suit des cours de photographie « en autodidacte », selon sa propre expression. Puis le hasard faisant parfois bien les choses, un soir, son mari Réjean Auger,

Couverture de la vidéo sur CD
« Métis chez Nous »
réalisateur à la télévision communautaire de Rouyn-Noranda, fait appel à elle, littéralement débordé. «Dès que je me suis retrouvée derrière la caméra et que j’ai commencé à faire les ajustements, le virus m’a piquée, explique l’intéressée en riant. Mon époux n’est plus jamais retourné seul au travail !»

Depuis, tous deux ont monté la compagnie de production RAD inc. à Bellecombe, leur lieu de résidence, spécialisée non seulement dans le tournage d’événements familiaux traditionnels mais dans la promotion de vidéos à caractère sportif, religieux, social ou culturel. Ainsi Danielle Robineau compte-t-elle déjà plusieurs reportages à son actif, dont la célébration du 15e anniversaire de l’organisme Projet Jeunesse Saint-Michel, dans sa région, et le lancement d’un de mes ouvrages, Louis Riel, Journaux de guerre et de prison (Éditions Stanké), le 11 octobre 2005, à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal12: un souvenir inoubliable pour cette vraie professionnelle qui, malgré la surprise de s’entendre tout à coup déclarer officiellement « Métisse » par ses cousins de l’Ouest13, n’en lâcha pas pour autant son téléobjectif !

À présent, notre réalisatrice s’est lancée dans une nouvelle aventure : la préparation d’un documentaire scientifique sur les plantes comestibles de la forêt, qui sera commercialisé à la rentrée. «Je travaille avec un ordinateur pour faire le montage de tout ce que j’ai capté sur la pellicule, précise-t-elle. Cela demande beaucoup de patience et de minutie. Pour faire ce métier, il faut être avant tout à l’écoute des gens, être capable de comprendre le message qu’ils désirent faire passer pour bien le rendre par la suite.»

Lorsque Danielle Robineau n’est pas derrière sa caméra, on la retrouve le stylo à la main, s’adonnant à son autre passe-temps – l’écriture –, peut-être héritée du souvenir des récits de son cher papa, disparu alors qu’elle avait à peine onze ans. Après quelques essais qui lui ont valu les encouragements de ses amis dans La Nation autochtone du Québec, elle a décidé d’entreprendre la relation romancée de sa propre histoire : une occasion unique de faire découvrir à ses descendants et à ses lecteurs la vie d’une petite fille dans une colonie métisse au Québec, dans les années 1950-196014.

Ismène Toussaint
Auteur
Membre de l’UNMSJM, fondée en 1884 par Louis Riel

NOTES

1. Voir Ismène Toussaint : « Jean Morisset, l’Homme aux racines de vent », suivi de « La longue piste de la « Saskatchéouanne » par Jean Morisset (25 octobre 2005), La Nation autochtone du Québec, 13 mars 2006.

2. Voir Ismène Toussaint : « L’Union Est-Ouest se poursuit : Archie Martin, représentant culturel dans les Maritimes », La Nation autochtone du Québec, rubrique « Légendes et récits », 7 novembre 2005 ; ainsi que « Deux Métis représentants culturels internationaux : Guéganne, artiste-peintre, et Archie Martin, amateur de cuisine traditionnelle », La Presse québécoise, Montréal, 22 mars 2006, p. 6 ; version Internet : http://www.rpsquebec.qc.ca

3. Voir Archie Martin : «Guéganne, artiste multidisciplinaire, est invitée à devenir membre à part entière au sein de l’Académie européenne des Arts-France», La Nation autochtone du Québec, 3 novembre 2005. Les articles d’Archie Martin sur d’autres sujets sont regroupés sous la rubrique « Légendes et récits » de ce site.

4. Voir Ismène Toussaint : « Gilles Rhéaume reconnu « Métis » et leader de l’Union Est-Ouest », La Presse québécoise, Montréal, 22 mars 2006, p. 7 ; Internet : http://www.rpsquebec.qc.ca

5. Voir Ismène Toussaint et Raymond Cyr : « Le rêve de Louis Riel se réalise – Reconnaissance officielle des Métis de l’Est par les Métis de l’Ouest – 11 octobre 2005 : « La révolution métisse est en marche ! » déclare Ismène Toussaint lors du lancement de son livre, Louis Riel : Journaux de guerre et de prison », La Nation autochtone du Québec, 19 octobre 2005.

6. Éditions Duvernay, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1985. Devenu difficilement trouvable, ce petit ouvrage doit être réédité dans le futur.

7. Voir Ismène Toussaint : « Métis Est et Ouest – Raymond Cyr, premier Métis de l’Est dans l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba », La Nation autochtone du Québec, 26 septembre 2005.

8. Pierre Poitras (1810-?) et François Poitras (1825-?). Nés tous deux à Saint-François Xavier (colonie de la rivière Rouge, futur Manitoba), au sein d’une famille de commerçants de fourrures, ils étaient les fils d’André Poitras et de Marguerite Grant, elle-même fille du Métis écossais Cuthbert Grant, fondateur de la nation métisse de l’Ouest (1816). Pierre convola en justes noces avec Marie Bruyère. De son mariage avec Madeleine Fisher, François eut un fils et deux filles qui épousèrent respectivement une sœur et deux frères de Louis Riel.

9. Cuthbert Grant (1793-1854). Né à Rivière-Tremblante ou Aspen Creek (Terre de Rupert, hors du district de la rivière Rouge), il était le fils de Cuthbert Grant, marchand de fourrures, et d’une Crie. Après ses études en Écosse, il fut engagé en 1812 par la Compagnie du Nord-Ouest et travailla à Qu’Appelle (Saskatchewan) puis à la rivière Rouge. Particulièrement influent dans sa communauté, il prit la tête des opposants à la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH), vainquit le gouverneur Robert Semple et ses hommes lors de la bataille des Sept-Chênes, le 19 juin 1816, et proclama la naissance de la nation métisse. Après un an d’emprisonnement, il fut réemployé cette fois par la CBH (1823-1824), épousa une Métisse, Marie McGillis, et fonda Grantown (futur village de Saint-François Xavier), une colonie de fermiers et de chasseurs de bisons métis. Gardien des Plaines de 1828 à 1849, il fut le premier Métis à être élu au Conseil d’Assiniboia (gouvernement de la CBH), où il siégea de 1839 jusqu’à sa mort.

10. Jean Saint-Amour était, selon Odette Poitras, « un membre militant bien connu et fort estimé, travailleur infatigable et compagnon de route recherché », qui mourut en 1996. Chaque année depuis 1998, la section Louis-Riel de la SSJBM honore sa mémoire en attribuant le prix Jean-Saint-Amour à « une personne qui milite dans l’ombre avec constance ».

11. Cette enfance métisse rappelle fortement celle de Raymond Cyr, qui nous en a offert quelques aperçus dans ses articles réunis sous la rubrique « Légendes et récits » de La Nation autochtone du Québec (2004-2005) ; aussi, dans son texte « Raymond Cyr – En guise de présentation… », La Fourmilière Handi-capables, s.d., http://www.handi-capable.net

12. Sortie le 22 octobre 2005, jour du 161e anniversaire de naissance de Louis Riel, cette vidéo hors-commerce s’intitule : « Métis chez nous : Le rêve de Louis Riel se réalise – 11 octobre 2005 : Reconnaissance des Métis de l’Est par les Métis de l’Ouest » (Productions RAD inc., Bellecombe).

13. Voir l’article de Patrick Rodrigue : « Les Métis de la région veulent être reconnus », Rouyn-Noranda, Le Citoyen, 6 novembre 2005.

14. Afin d’encourager les initiatives culturelles et les actions militantes de Danielle Robineau en faveur des siens, je viens de la recommander en qualité de nouveau membre de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba (UNMSJM) et de huitième leader de l’Union Est-Ouest, chargée de représenter les Métis de son Abitibi natal.
 

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