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UNION MÉTISSE EST-OUEST
Au Québec, ce qui est historiquement empêché, c’est la naissance d’un pays libre. - BRUNO ROY
Page : 3 - Mai 2006 - LA PRESSE QUÉBÉCOISE

UNION MÉTISSE EST-OUEST
Métis canadiens-français et Métis canadiens-anglais : vers une réconciliation

Quoique appartenant à la même famille, les Métis canadiens-français et les Métis canadiens-anglais de l’Ouest ont toujours entretenu des relations difficiles sur le plan politique. Cet antagonisme remonte au XVIIIe siècle, lorsque la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) attisait chez les descendants des unions entre les anglophones et les femmes autochtones un sentiment de « supériorité de race ». En fait, la situation était bien plus complexe puisque c’est un Métis écossais de langue française, Cuthbert Grant (1793-1854), qui, le 19 juin 1816, vainquit le gouverneur anglais de la CBH à la bataille des Sept-Chênes et proclama la naissance de la nation métisse.

Au XIXe siècle, si les agriculteurs canadiens-anglais et protestants et les chasseurs de bisons canadiens-français et catholiques vivaient en relative bonne intelligence au sein de la colonie de la rivière Rouge, l’on sait les difficultés qu’éprouva Louis Riel, lors de la formation de son gouvernement provisoire en 1870, pour rapprocher les premiers, fidèles à la Couronne Britannique, des seconds, déjà partisans d’une « République métisse indépendante ». Finalement, il dut adopter un compromis et fonda la province du Manitoba, théoriquement bilingue.

Durant la résistance de 1885 en Saskatchewan, Riel alla jusqu’à instaurer une nouvelle religion, l’Exovidat (du nom de son second gouvernement provisoire), subtil mélange de catholicisme et de protestantisme destiné à rassembler les deux parties dans la lutte pour leurs droits. Le fameux crucifix qu’il arborait en permanence n’était rien d’autre qu’un symbole d’union. Peine perdue ! Quelques jours avant les hostilités, il reçut un message lui annonçant la défection des Métis canadiens- anglais ; le 26 mars, c’est un Métis anglophone, Joe McKay, qui tua sans raison le frère de l’adjudant-général Gabriel Dumont au Lac des Canards ; et que dire de L’Écossais Tait, ce Métis de l’ombre, qui, la veille de la bataille de Batoche (9-12 mai), livra au général Middleton le plan des tranchées de la ville ?

Rien d’étonnant, donc, à ce qu’un froid s’installa pour longtemps entre les deux groupes. En 1967, naquit la Manitoba Metis Federation (MMF) qui, jusqu’à une date très récente, se proclamait encore " le seul organisme représentatif des Métis de la province ", au mépris de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba (UNMSJM), fondée par Louis Riel dès 1884. Malgré l’accession de M. Yvon Dumont, un Métis francophone, à la direction de la MMF (1984-1993), je recevais en 2002 une lettre bouleversante de M. Gabriel Dufault, président de l’UNMSJM, m’informant que cette structure « aimerait bien voir disparaître les Métis canadiensfrançais » (sous-entendu « les assimiler »). Dans le même temps, ce dernier se voyait refuser une adhésion au Metis National Council (MNC) ou Ralliement national des Métis (RNM), censé pourtant représenter tous les Métis en Canada, sous prétexte que sa correspondance était rédigée « en français ». Deux ans plus tard, la MMF niait de nouveau l’existence de Métis Canadiens-français, cette fois au Québec et dans l’Est du pays, ce, malgré leur enregistrement officiel par le gouvernement fédéral. En fait, grandes sont les craintes de ces organisations de devoir partager un jour avec leurs cousins canadiensfrançais les confortables subventions qu’ils perçoivent d’Ottawa...

Toutefois, en 2005, à la faveur de la renaissance d’un mouvement « riellien » ayant entraîné l’union entre les Métis canadiens-français de l’Ouest et ceux de l’Est (8 mai), la reconnaissance des seconds par les premiers et la Déclaration de la Révolution métisse (11 octobre), un revirement notable s’est fait jour. Sous l’influence du Conseil Elzéar Goulet, créé en 2003 par M. David Dandeneau pour négocier avec les Métis anglophones, et de nouveaux conseillers et membres de la MMF, une ouverture aux Métis canadiens-français s’est peu à peu dessinée au cœur même de cette association. Le 9 septembre, au cours de son assemblée annuelle, le président David Chartrand nommait contre toute attente Gabriel Dufault membre du Comité Patrimoine, Histoire, Culture et Généalogie pour l’auto-gouvernance. Le 16 novembre, lors des cérémonies de commémoration du 120e anniversaire de la mort de Louis Riel, le même saluait publiquement « la présence de Métis de l’Est » conduits par M. Raymond Cyr et se rendait pour la première fois à la réception offerte par l’UNMSJM. Enfin, le 22 janvier 2006, Gabriel Dufault et David Chartrand se retrouvaient Place du Champ-de-Mars à Montréal – là où le 22 novembre 1885, quelque 50 000 Québécois avaient protesté contre l’exécution de Louis Riel – pour manifester leur désapprobation face à l’élection imminente du conservateur Stephen Harper, peu favorable aux Métis, au poste de Premier ministre du Canada. Autant de signes évidents de cette volonté progressive de réconciliation anticipée par Louis Riel peu avant sa mort et qui, le 17 septembre 2005, inspirait à M. Éric Dubé, président de la communauté métisse de l’Estrie, au Québec, cette forte déclaration : « Les Métis canadiens-français constituent désormais une force que les Métis canadiens-anglais ne peuvent plus ignorer. Un jour ou l’autre, il faudra bien qu’ils travaillent avec nous. Alors, notre rêve de ne plus former qu’un seul et même peuple s’accomplira... »

Ismène Toussaint
ISMÈNE TOUSSAINT
Auteur et membre de l’UNMSJM
 

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