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UNION MÉTISSE EST-OUEST
La Presse québécoise, juin 2006

UNION MÉTISSE EST-OUEST

Les Métis, un peuple sans terre. Ouverture d’un procès de revendications territoriales historiques au Manitoba

David Chartrand
David Chartrand,
président de la Manitoba Metis Federation
Le 3 avril 2006, soit 121 ans après le procès de Louis Riel, au cours duquel ce dernier ne s’était pas privé de redire qu’« un septième des terres avait été accordé aux Métis du Manitoba, qu’ils soient anglais ou français, protestants ou catholiques, sans distinction aucune » et 25 ans après la plainte déposée par la Manitoba Metis Federation (MMF) auprès des tribunaux, s’ouvrait à Winnipeg une première action en justice eue égard aux revendications territoriales historiques de ce peuple. « Nous voulons que le gouvernement reconnaisse non seulement nos droits métis mais qu’il nous a maltraités, a déclaré aux médias M. David Chartrand, le président de la MMF. Depuis plus d’un siècle, on persiste à nier notre existence : il faut que cela change! »

Dès sept heures du matin, plusieurs centaines de Métis canadiens-anglais et canadiens-français arborant leur drapeau national avec le signe de l’infini à l’horizontale et celui de la MMF avec la roue de charrette rouge – symbole des anciens véhicules de la colonie – entourant une tête de bison et une paire de rames croisées, s’étaient donnés rendez-vous au pied de la statue de Louis Riel, sise derrière le Parlement. « Sans terres, vous n’êtes pas un peuple, vous n’êtes pas une nation ! » leur a rappelé David Chartrand avant qu’ils ne se rendent en procession au Palais de Justice.

En se fondant sur plus de 750 articles de journaux, lettres et discours à la Chambre des Communes qui remontent à l’époque de Louis Riel, Me Thomas Bergen, avocat à Vancouver et spécialiste des droits autochtones, doit démontrer que le gouvernement fédéral de 1870 a failli à sa promesse d’attribuer 560 000 hectares de terres aux enfants des Métis. « 85 % d’entre eux, dont Louis Riel, ne les ont jamais reçues, a affirmé le dirigeant de la MMF. Les autres ont été trompés sur leur qualité et leur rentabilité, alors qu’il avait été convenu qu’ils bénéficieraient des meilleures : ils ont dû les céder à des spéculateurs qui les ont revendues à la hausse aux colons. Les nôtres se sont alors installés près des réserves des Premières Nations mais celles-ci les ont chassés. Aujourd’hui encore, les gouvernements fédéral et provincial prétendent qu’ils ont honoré leur contrat et qu’ils ne nous doivent plus rien. »

Incluant la totalité de la ville de Winnipeg et des lopins de 3,2 km le long des rivières Rouge et Assiniboine, le territoire (Rupert’s Land ou Terre de Rupert) qui revient aux Métis est actuellement occupé par des résidences privées, des fermes, des commerces et des industries dont on ne peut évidemment expulser les propriétaires. Par conséquent, les demandeurs exigent une compensation financière assortie d’une terre où ils pourront établir leur système d’auto-gouvernance.

Me Thomas Bergen appuiera sa défense sur les articles 31 et 32 de l’Acte du Manitoba qui a fondé la province à la suite de négociations entre le gouvernement Macdonald et le gouvernement provisoire de Louis Riel. En effet, la première clause prévoyait qu’Ottawa réserverait des terres aux Métis ; la seconde, que celles des riverains ne leur seraient pas enlevées, même s’ils ne possédaient pas de titres de propriété officiels.

Des messages de soutien aux plaignants ont afflué d’un peu partout au pays, en particulier de la part des « pères » de l’Union Est-Ouest, Raymond Cyr, Archie Martin et Danielle Robineau, représentant respectivement l’Estrie, les Maritimes et l’Abitibi métis. Sensible à une cause qui rejoint celle de sa propre communauté du Domaine du Roy et de la Seigneurie de Mingan à Jonquière (CMDRS, Saguenay-Lac-Saint-Jean), l’historien Russel Bouchard écrivait, quant à lui, dans son journal électronique Le Peuple métis de la Boréalie : « Les Métis du Manitoba ouvrent la voie : souhaitons leur bonne chance ! La reconnaissance de nos droits n’est qu’une question de temps et de détermination. Si c’est écrit dans la Constitution, c’est écrit dans le Ciel. »

Ismène Toussaint
ISMÈNE TOUSSAINT
Auteur et membre de l’UNMSJM


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