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De l'orignal au bison - Métis d'Est en Ouest
Mardi 14 novembre 2006

De l'orignal au bison - Métis d'Est en Ouest
Par Raymond Cyr

La nation métisse s’étend d’Est en Ouest. La Communauté métisse de l’Estrie fut saisie des projets des Indiens de la réserve de Maria (Chef John Martin) qui veulent faire d’une ancienne réserve faunique (réserve Baldwin) une pourvoirie de chasse à l’orignal. La chasse à l’orignal n’est pas une pratique ancestrale chez les Indiens de Maria mais l’est chez les Métis. La Communauté métisse de la Gaspésie invita un cousin, Monsieur Raymond Cyr à venir chasser avec ses dirigeants métis. L’affrontement entre Indiens et Métis est explicite sur le sujet «Pourvoirie : les Métis s'opposent» du forum à cette adresse : http://www.autochtones.ca/forum/viewtopic.php?t=1802


 

L’orignal est une magnifique et puissante bête. Elle ne craint rien sauf l’ours qui attaque ses petits à l’occasion. J’invite ici ceux et celles qui ne sont pas héritiers de la tradition orale de réviser leur ‘’savoir’’ s’ils croient que l’on abattait ordinairement un orignal à l’arc avant l’apparition du fusil à poudre noire. Considérez la force limitée de ces arcs et la faible capacité de pénétration des flèches au travers le poil dru et la peau épaisse de ces géants de la forêt et tirez la conclusion qui s’impose.

La chasse à l’orignal est une pratique ancestrale chez les Métis. Éventuellement, j’écrirai un article à ce propos sous l’onglet culture, légendes et récits. Mais voici quelques considérations plus modernes.


 

Voilà un habitat naturel où évolue l’orignal. Ce qui ici nous fait songer à une île émergeant au début du jour des eaux lacustres sous la brume est en fait la pointe d’une montagne dépassée par ses voisines dominant le paysage à plus de 1 600 pieds d’altitude. Ce sont les Shic Shocs de l’ex-réserve Baldwin. Sur ses sommets s’accouplent les grands ongulés. Après le temps des amours effervescents, ils redescendent vers le fond de ces abimes, le long des cours d’eau.

L'iniatiation aux chasses ancestrales
http://www.autochtones.ca/portal/fr/ArticleView.php?article_id=41


 

Les villages côtiers se suivent le long littoral sud de la péninsule, avec vue sur l’Atlantique. L’altitude des montagnes et monts de la Gaspésie est ni plus ni moins exprimée en valeur absolue (la hauteur réelle depuis la base jusqu’au sommet) car ils baignent les pieds dans la mer ou, peu s’en faut. Une photo est prise ici du haut des Chics Chocs, à plus de 1 700 pi. en surplomb de la mer. La suivante est une partie du littoral du village de Maria à quelques milles de la précédente. (http://www.mariaquebec.com/)


 

L’église de la réserve indienne de Maria s’élève en forme de tipi. C’est la seule du genre au Québec. À droite, l’église Notre-Dame de Fatima à Jonquière, un cône à large portail où s’absentent les empreintes des perches formant la structure interne de la tente autochtone.

Les Autochtones de l’Atlantique ont pratiqué la pêche depuis toujours. Ainsi, sur leur logo les représentant, nous voyons un grand saumon qui s’arque en un coup de queue. Dotés d’armes à feu, les Métis chassent l’orignal depuis des siècles. Bien sûr, ils pêchent aussi.


 

Le camp de chasse métis, celui de Marc Leblanc, président de Communauté métisse de la Gaspésie et des Métis Geneviève Dugas, David Bishop et de l’invité, Raymond Cyr. Un territoire convoité par les Indiens de la réserve de Maria.

Sur la première photo nous voyons la tente d’arpenteur servant de salle à manger et d’endroit de rencontre des dirigeants de Communauté métisse de la Gaspésie et Communauté métisse de l’Estrie venus parler chasse et affaires autochtones.

Sur la seconde photo, nous voyons les enfants de Marc Leblanc et de Geneviève Dugas. La culture continue par nos enfants.

http://www.autochtones.ca/forum/viewtopic.php?t=1802&postdays=0&postorder=asc&start=15


 

Marc Leblanc, un Métis habitué à la chasse dans le bois debout (chasse fine) depuis l’enfance y est allé chercher son orignal comme à chaque année. Il le tira à moins de cinquante pieds. Un hommage fut rendu à la bête.

Nous voyons Marc avec sa compagne de vie (Geneviève Dugas) et son cousin germain (Raymond Cyr qui a grandi sur ces hautes montagnes) sur l’autre photo.



Le mot d’ordre du capitaine de chasse, Marc Leblanc, était : laissons là les gros géniteurs (vieux bucks).Ne prenons que les jeunes adultes.

Ici, l’équipe de chasse pose devant ses orignaux. En partant de notre gauche, nous voyons Marc Leblanc posant les mains sur les épaules de sa fille Sarah, Raymond Cyr, Geneviève Dugas derrière son fils Marc-Élie et David Bishop.

D’une autre montagne, jumelles en main, l’on peut observer les mouvements souples de la chasseresse. Geneviève dira : ‘’J’ai grimpé la montagne comme un chat’’. Lorsqu’elle peut obtenir une vue claire de la bête, elle pose sa mire entre le point d’horizon et le dessus du dos. Elle longe lentement la barre du dos de l’orignal et rendu en un point à l’intérieur de la bosse, elle presse en douceur la détente de sa 270. La précision du coup sectionne nette la colonne vertébrale et ouvre un large sillon sur les deux poumons de l’orignal. De l’autre montagne, l’on voit l’orignal s’affaisser d’un bloc avant même que l’écho fracassant et lointain de la détonation se fasse entendre depuis la montagne voisine. Et là, dans les jumelles, on la voit se rapprocher d’un pas leste au travers les embûches … appuyer de nouveau sur la détente. La balle traverse le cou. L’abattage est terminé. Un hommage fut rendu à la bête.

David est un grand gaillard dépassant les six pieds. C’est un guide de pêche qui a l’œil vif et le pas long. Selon sa dynamique, il aime couvrir du terrain et observer. Les sens en alerte, il décèle un mouvement entre les branches, sur le versant opposé de la coulée. Il se couche à plat ventre et appuie le canon sur une roche plate. La balle déchire l’air froid du matin sur plus de mille pieds. Un coup précis… final. Un hommage fut rendu à la bête. Et l’équipe des chasseurs remonte la bête.


 

Le couple de Métis chasseurs Monsieur Marc Leblanc et Madame Geneviève Dugas, en séance de purification devant les offrandes de Glooscap (Tshe Mento Orignal)



Madame Danielle Robineau est venue rencontrer les leaders de Communauté métisse de la Gaspésie avec Monsieur Raymond Cyr, conseiller spécial du président de Communauté Métisse de l’Estrie (Monsieur Éric Dubé).



Sont offerts des offrandes au Grand Esprit pour la bonne chasse faite. Nous voyons Marc LeBlanc et Danielle Robineau face à la mer, le drapeau métis en arrière plan.



Il était et demeure facile de piéger le castor. Sa chair nourrissait nos ancêtres et sa fourrure les habillait. C’était la ressource sur laquelle dépendait une grande part de notre survie à cette époque. À la venue des marchands de fourrures européens, le piégeage intensif souleva l’ire des aînés mais ils ne purent empêcher les jeunes de répondre à la cupidité de l’homme blanc. Le castor finit par se faire plus rare dans l’Est. Des Métis, nos cousins allèrent vers le nord et travaillèrent pour la Compagnie de la Baie d’Hudson, la Compagnie du Nord Ouest, entre autres. Ils se firent marchand intermédiaires, contrôlant une grande part du marché de la fourrure. C’est ainsi qu’ils aboutirent dans l’Ouest pour fonder l’Ouest métis francophone. Ils s’adonnèrent au commerce de la viande de bison (pemmican) pour les compagnies de fourrures. Bref, ainsi s’étendit d’Est en Ouest la nation métisse. Une grande famille.


 

Une vieille famille marchande de l’histoire des Métis est celle des Letendre dit Batoche Letendre. Leur histoire commence à Sorel où l’ancêtre y obtient une seigneurie. Il épouse une femme du pays. Nous les retrouvons ensuite dans l’Ouest canadien et bien sûr, à Batoche où s’est livré le dernier combat métis en 1885.

Sur la photo, nous voyons Georges Letendre (Batoche), un aîné de Communauté métisse de l’Estrie. Communauté métisse de l’Estrie a de forts liens avec l’Ouest métis.


 

Les Métis qui allèrent vers l’Ouest sont des Métis de la vieille Acadie. Ce sont les ancêtres de Marc LeBlanc, Raymond Cyr, Danielle Robineau et autres ou encore, des Trois Rivières et Sorel comme Georges Letendre. (Ci-haut : cartes d’époque de l’Acadie et des Trois Rivières)



Carte de la colonie de la Rivière Rouge, un pays métis (futur) Manitoba.



Gabriel Dumont

Je me suis rendu au colloque Gabriel Dumont avec lequel je suis parent nombre de fois par mes ancêtres. Et pour ainsi dire, des milliers d’autres Métis de l’Est (dont Marc LeBlanc) sont parents avec ce héro de la rébellion du Nord Ouest (Batoche 1885).

En fin de septembre dernier (2006), dans le cadre du centenaire de la mort de Gabriel Dumont (1837-1906) le Collège Universitaire de Saint Boniface, Manitoba, offrit aux chercheurs l’opportunité de faire valoir leurs travaux lors d’un colloque de trois jours.

J’eu le grand plaisir d’assister à la présentation du chercheur (ethnogénéaliogiste) Denis Jean, un Acadien, qui présenta les preuves incontournables que la famille de Gabriel Dumont tient ses origines de l’Est, de la vieille Acadie. (Les actes de ce colloque seront publiés par le CUSB)


 

Il y a ceux de nos familles métisses qui étaient allés à l’Ouest et ceux qui pérégrinèrent à l’Est, repoussés par les nouveaux envahisseurs, les Anglais.

Petit secret. Mme Robineau et M. Cyr (comme tant de fois déjà) sont allés rendre hommage à leur passé commun sur les terres Malécites (réserve) du Nouveau Brunswick. Nous voyons ici Madame Danielle Robineau sur la photographie prise par Monsieur Raymond Cyr, les pieds fièrement posés sur la terre où vécu sa mère jusqu’au début de la décennie 1950 avant qu’elle ne s’installe en Abitibi. C’est ensuite que cette terre fut déclarée réserve indienne, et Indiens ses habitants par le Fédéral. Non, nous ne sommes pas des Indiens, sentons-nous prudents de dire aux lecteurs. Et nous sommes de l’une des premières nations du pays, des Métis qui refusèrent très sèchement et plus d’une fois les réserves, ce deal humiliant du Fédéral.



Pendant des milliers d’années, avant que le cheval et le fusil à poudre arrivesur notre continent, les Autochtones chassaient le bison à pied. Ils utilisaient la lance pour abattre ces animaux et bien plus tard, ils utilisèrent les flèches (avec le cheval au galop, collé tout contre le bison en fuite). La venue du cheval a corrompu un mode de vie millénaire où chaque homme avait sa valeur. Les propriétaires de chevaux devinrent les pourvoyeurs et reléguèrent les rabatteurs au rang de sous-hommes. Ils en vinrent à se croire propriétaire des femmes alors que c’était la femme qui choisissait l’homme autrefois. Ainsi vint la légende du Bison Blanc où le concupiscent fut réduit à l’état d’os et de poussière… Mais qu’en savent les religieux, laïque ou de vocation sacerdotale ? Ils ne furent témoin que de la dernière période. Celle du cheval. Alors, permettez mon propos. Je ne suis pas catholique et je suis Métis des Plaines par ma mère, là où je suis né (et de l’Est par mon père, là où j’ai grandi).

Il y avait plusieurs méthodes pour abattre un groupe de bison avant l’apparition du cheval dans les Plaines et la chasse des Métis avec le fusil à poudre.

La méthode de l’enclos

Les bisons étaient conduits dans une coulée (ravin) par un chasseur qui endossait une peau de bison. Les autres chasseurs formaient deux longues rangées d’hommes espacés et effrayaient les animaux qui se bousculaient aveuglément pour entrer dans un corral étroit où l’abattage se faisait à la lance.



Pound Maker (Faiseur D’Enclos)

La méthode du saut vers la mort

Les poursuivants effrayaient les bisons qui se pressaient les uns les autres vers une falaise alors qu’au bas, cachés ou camouflés, attendaient une partie des chasseurs. Les Autochtones faisait virevolter des couvertures à bout de bras et de perche et criaient afin d’apeurer les bisons qui poussaient leurs congénères dans le vide, du haut de la falaise, ou s’y précipitaient eux-mêmes.

Méthode de la dissimulation

Parfois des hommes se couvraient de peaux de bison ou de loup et attendaient le meilleur moment pour en abattre à la lance. Ils cernaient un groupe de bisons en rampant presque, les regroupaient et au signal, assaillaient.

La méthode de l’embourbement

Il y a le bison des plaines et le bison des bois. L’on forçait le bison des bois dans les hautes neiges pour l’embourber. On l’encerclait.

La méthode des trous d’eau

L’on forçait les animaux vers des fosses d’eau (dépressions subites et peu larges) où ils étaient abattus.

Et autres


 

Avec l’arrivée du cheval, certaines méthodes de chasse étaient encore pratiquées. Parfois, l’on allumait des feux de prairies sous un vent favorable. Mais ici, l’on voit un Autochtone protéger une famille de nouveaux immigrants en embrasant à la torche le côté opposé d’une rive afin que le feu ne s’y jette pas car le vent pouvait tourner et projeter facilement des étincelles d’une rive à l’autre.

A l’autre peinture, nous voyons un cheval tentant de se relever derrière le bison mort de sa chute. Le cavalier est probablement mort. La méthode de forcer les bisons à se jeter du haut d’une falaise mais avec des chevaux, ne nécessitait plus de rabatteurs à pieds mais surtout à cheval.


 

Avec le cheval qui n’était pas connu avant l’arrivée des Espagnols, les Autochtones purent s’approcher très près du bison en course de fuite et le flécher à plusieurs reprises. Mais ce fut le fusil à poudre du Métis qui permit le commerce de la viande de bison. Partis de l’Est pour faire le commerce de la fourrure, suivant le castor qui se faisait de plus en plus rare, ces chasseurs d’orignaux firent face à des troupeaux de centaines de milliers de bêtes broutant doucement les grandes plaines de l’Ouest. Mais une politique américaine d’extinction des Autochtones des Plaines fut appliquée en abattant systématiquement les grands troupeaux de bisons afin de priver l’habitant des plaines de sa nourriture de base et de l’anéantir par la faim.
 

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