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L'erreur algonquine
Le Journal de Montréal, samedi 17 novembre 2007

Le Peuple invisible | Richard Desjardins
L'erreur algonquine

Après la dissémination des forêts, voici la misère des Algonquins. Huit ans après L'Erreur boréale, Richard Desjardins et Robert Monderie récidivent avec Le Peuple invisible, en salle vendredi prochain.

Brigitte McCann
Le Journal de Montréal

«Ce n'est pas un film sur les Indiens, c'est un film sur nous», insiste l'anthropologue Rémi Savard, qui a travaillé sur le film. Sur nous, parce qu'il retrace l'évolution des relations des Québécois avec les Algonquins. Celles du gouvernement, celles des citoyens voisins des communautés et celles de nos ancêtres.

Et il n'en ressort rien de bien reluisant. «Il n'y a pas beaucoup de positif dans l'histoire des Algonquins, reconnaît Richard Desjardins. Ce sont des résistants.»

CRITIQUE SOCIALE

Certains spectateurs sont sortis de la première projection du film (en Abitibi) avec un étrange sentiment de culpabilité. «On décidait pour les Algonquins sous prétexte de les protéger des Blancs», déplore Rémi Savard, invoquant les nombreux traités territoriaux violés sans scrupule par les Blancs.

Le film se veut bien sûr critique à l'égard de la gestion «blanche» de la question autochtone, sans toutefois sombrer dans la complaisance à l'égard des Algonquins. Leurs problèmes de violence conjugale, de cosanguinité (dans certaines communautés isolées) et d'abus sexuels (un comportement reproduisant les traitements reçus dans les pensionnats de communautés religieuses) y sont démontrés sans détour.

«Ce n'est pas un film qui est dur pour les Blancs et très gentil pour les Indiens», insiste l'anthropologue.

UNE MAIN TENDUE

Mais malgré cela, le dernier-né du duo Desjardins-Monderie a été accueilli comme une rare main tendue par les communautés algonquines.

«Les critiques auxquelles on s'attendait, on les a eues», indique Richard Desjardins. Ces dernières se résument à la frustration de chefs ou d'autres Algonquins dont les entrevues ne figurent pas dans le film.

Richard Desjardins est le premier à admettre qu'il a dû faire des choix déchirants afin de résumer 400 ans d'histoire en 82 minutes. «Dans un film comme ça, c'est un feeling général que tu veux dégager», dit-il.

LE POUVOIR DU PUBLIC

Les réalisateurs sont critiques envers le gouvernement québécois, mais ont renoncé à aller chercher la version des faits de politiciens en poste. «Avec notre expérience, confronter les politiciens, ça fait dater ton film, explique Robert Monderie. Benoît Pelletier (ministre responsable des Affaires autochtones) ne sera plus là dans deux ans.»

Le duo compte plutôt sur le public pour faire avancer la cause des Algonquins. «C'est l'opinion publique qui va permettre que les chefs autochtones puissent passer leur message. Pas les politiciens», croit Richard Desjardins.


14 salles
Beaucoup pour un documentaire

Brigitte McCann
Le Journal de Montréal

Le Peuple invisible prendra l'affiche ce vendredi (23 novembre) dans 14 salles au Québec, dont trois à Montréal (cinémas Beaubien, Parallèle et du Parc) et une à Québec (Cinéma Quartier), Sherbrooke (Maison du cinéma) et Chicoutimi (Cinéma Odyssée).

Quatorze salles, ça peut sembler peu comparé aux sorties respectives d'autres productions québécoises, comme le film d'action Bon Cap Bad Cop (une centaine) ou le documentaire Québec sur ordonnance de Paul Arcand (60 salles).

Mais 14 salles, c'est beaucoup, comparé à L'Erreur boréale, présentée seulement à la télévision en 1999 et en DVD par la suite. Et c'est aussi beaucoup dans le contexte de l'échec cuisant au box-office de Québec sur ordonnance (un tout petit 100 000 $ de recettes).

SUJET PLUS DIFFICILE

Le sujet, les difficultés des communautés algonquines d'ici, risque d'être moins bien reçu par les Québécois que celui de la dissémination de nos forêts.

Robert Monderie et Richard Desjardins en sont conscients.

«J'aurais tendance à croire que cette fois, les Québécois vont avoir tendance à détourner le regard», affirmait franchement Robert Monderie, il y a quelques semaines. «Je pense pas mal la même affaire», aioutait Richard Desjardins. Le duo ne demande bien sûr qu'à se tromper.

«Si le public est trop niaiseux pour saisir cette occasion en or, il vivra avec!» avait pour sa part réagi l'anthropologue Rémi Savard, qui a travaillé sur le film.

PAS LE PRÉFÉRÉ DU PUBLIC

Présenté en grande primeur au Festival du cinéna international en Abitibi-Témiscamingue en octobre, Le Peuple invisible avait reçu une ovation debout bien sentie. Mais ovationnait-on le film, ou le courage et le travail de moine de son duo de réalisateurs?

La question se posait lorsque le documentaire n'a reçu aucun des trois prix du public remis à la fin du festival. Le public de cinéphiles avertis et ouverts a préféré La Brunante, de Fernand Dansereau, un drame touchant sur une femme atteinte de la maladie d'Alzheimer, au Peuple invisible.

Pour donner une chance au film de bénéficier du bouche à oreille, l'ONF s'est assurée que Le Peuple invisible serait présenté en salle pendant au moins trois semaines à Montréal.
 

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