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L’ÉCRIVAIN MÉTIS JEAN MORISSET SUR LA ROUTE DE CHE GUEVARA
« Dans une révolution véritable à laquelle on donne tout et dont on n’attend aucune rétribution matérielle, la tâche du révolutionnaire est à la fois magnifique et angoissante (…) le vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d’amour ; il est impossible d’imaginer un révolutionnaire authentique sans cette qualité. » Che Guevara

Surnommé « L’Homme aux racines de vent » en raison de son attachement à son terroir natal, Saint-Michel de Bellechasse (région de Chaudières-Appalaches), et de sa passion des voyages, l’écrivain et poète Jean Morisset a bien voulu me confier une nouvelle fois1 la présentation d’un extrait des carnets de voyages qu’il tient depuis une vingtaine d’années. Professeur de géographie à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal), où il a fondé en 1990 un cours devenu très populaire auprès des étudiants, « Géographie et Imaginaire », il poursuit depuis plus de trente ans l’écriture d’une œuvre originale dans le prolongement de l’esprit visionnaire de Louis Riel2 : Les Chiens s’entredévorent… Indiens, Blancs et Métis dans le Grand Nord canadien ; Canada : Indianité et lutte d’espace ; Les Métis et l’Idée du Canada ; Ni Blanc ni Indien ; L’Identité usurpée ; L’Homme de glace ; Mathias Carvalho : Louis Riel, poèmes amériquains, suivi de Louis Riel, écrivain des Amériques ; Amériques ; Vision et visages de la Franco-Amérique ; Chants polaires ; Le Mensonge identitaire (à paraître)3. Fasciné par les grandes et petites figures de libérateurs dans les deux Amériques, il nous offre ici, dans son style unique mêlant références à l’actualité, idiomes, sensations, couleurs et images, bien plus qu’un compte-rendu de son pèlerinage en Bolivie : une réflexion sur l’Histoire passée en constante projection dans le futur ; un regard sur une Amérique du Sud se reflétant au miroir de l’Amérique du Nord, à la fois son double et son contraire ; le bilan d’un siècle dominé par la figure intemporelle du Che, qui en incarne à lui seul toute la démesure, la violence, les contradictions, l’interrogation angoissée, l’alliance d’érotisme et de spiritualité, la quête incessante d’un modèle politique idéal.

Personnellement, je n’ai aucun souvenir de Che Guevara mais il était l’un des héros de la génération de mes parents : médecin, écrivain, combattant, ministre de l’Industrie à Cuba, partisan d’un socialisme purgé des dérives du totalitarisme soviétique, défenseur des paysans et des opprimés dans le monde, rebelle, martyr et Christ laïc. Je n’ai jamais été communiste non plus mais comme tout le monde, j’ai été bouleversée par la lecture de sa biographie4, de ses écrits5, par sa dernière photographie et par le documentaire de Maurice Dugowson, El Che – Ernesto Guevara : Enquête sur un homme de légende (1997), où l’on voit un policier de la CIA exhiber fièrement les armes ayant servi à l’abattre et la silhouette au visage brouillé de son principal assassin.

Tour à tour symbole de l’anticolonialisme, de la lutte contre la guerre du Viet Nam, du pop art, de la contestation et de la jeunesse communiste, de la renaissance socialiste, de l’antimondialisation néolibérale et paradoxalement, de la publicité triomphante, il me paraît personnifier, en ce début des années 2000, le renouveau de certaines utopies (guévarisme, zapatisme, bolivarisme, riellisme, etc.) encore fragiles et mal comprises en raison de leur refus du pouvoir et des idéologies partisanes, tout comme le réveil des minorités autochtones.

Des gouttes de sang du Che, sur le chemin de La Higuera, ont poussé des fleurs nouvelles – mouvements de libération en perpétuel devenir – dont les pétales sont ces êtres animés d’un même rêve universel de justice et d’harmonie : ainsi, le Métis Nicolàs Rodriguez, que j’ai rencontré grâce à une revue latino-américaine et à cette mystérieuse « corde d’argent » que les manitous s’amusent à tisser entre les semblables, au mépris des distances géographiques, ou bien encore le commandant Milton Hernàndez qui, le 3 avril 2007, appelait dans un article à l’Union des factions guévaristes en Magdalena. Qu’ils sachent que mes pensées fraternelles les rejoignent très souvent par-delà montagnes et forêts.

Ismène Toussaint6
Auteure

N.B. Je tiens à remercier ici les traducteurs de mes écrits en espagnol.


AU PODIUM DES AMÉRIQUES : LA TRAVERSÉE DU « TCHÉ »
par Jean Morisset

« Je viens de rentrer après un circuit qui m’a amené jusqu’en Bolivie orientale, à Santa Cruz de la Sierra, près du lieu où a été assassiné le « Tché ». J’ai beaucoup réfléchi à tout cela, ces jours derniers, surtout que je viens tout juste de visionner le Diaro de um motorista7, avant de quitter le Brésil. J’ai dégoté (!) également, lors d’un voyage précédent au Venezuela, un document CD où celui-ci, lors d’un passage à Alger, s’adresse en français à son auditoire8. Et je me disais alors que jamais nous n’avions à ce jour pleinement réalisé – nous Métis francophones et Francos Créoles – le rassemblement de nos solidarités ni même pris conscience de la nature de nos parcours respectifs. Ne serait-ce que dans l’imaginaire et le sillon d’une pensée panamériquaine !

En songeant à ces quatre dernières décennies, je me suis dit soudain : « Mais c’est nous, tout cela. Ce monde nous a traversés. Qu’en savons-nous aujourd’hui et qu’en faisons-nous ? » Leçons d’une histoire active envolée. D’autant que mes amis brésiliens, qui avaient résolu de me mettre à jour, un peu tardivement, m’ont aussi fait voir le film Hair9 (qu’on avait fait quelque vingt ans plus tard que le show).

Replonger dans Woodstock, le Peace & Love, la guerre du Vietnam et toute cette mouvance dans laquelle le Québec a été passablement mêlé, au point où je me demande s’il n’en est pas une des résultantes les plus durables… J’ai vécu une bonne partie de cette période (1965-1977) aux États-Unis, en Anglo-Canada, en Alaska, en Angleterre, aux Caraïbes, au Pérou et donc hors-Québec. Je suis parti alors que l’idée même de Québec n’existait virtuellement pas pour revenir dix-douze ans plus tard dans un pays où l’avant-Québec n’existait plus. Bref, trois siècles et demi avaient été précipités dans le néant et la pensée millénaire algonquienne et autre se voyait réduite à quelque tempête de neige fondue.

Le « Tché » disparaît en 1967, la même année que l’Expo 67 à Montréal et la mise en œuvre de Pipeline Alyeska10 dans la mouvance de l’occupation de l’Isle d’Alcatraz dans la Baie de San Francisco, symbole de la résistance autochtone en compagnie de Marlon Brando par la transformation d’un pénitencier en monument de la renaissance indienne11. Alors que Leonard Peltier12, un Métis canadien (donc québécois) du Dakota est arrêté par la CIA et mis en prison pour atteinte aux principes fondateurs des USA. Et on sent bien − le film Apocalypse Now13 allait le montrer dix ans plus tard − que la Conquête de l’Ouest se poursuivait dorénavant au Viet Nam, les cow boys fringants ayant délaissé leurs chevaux mustangs pour enfourcher des hélicoptères et poursuivre leur cavalcade dérisoire jusqu’au fond de l’Asie, afin de traquer les derniers Indiens qui se trouvaient dans leur propre tête. Et voilà que maintenant la conquête de l’Ouest continue de tourner sur elle-même en Irak, mais le monde a changé entre temps et les chevaliers de l’Apocalypse wasp14 courtisent l’Empire du Soleil levant, sachant trop bien que leur épopée croule sous ses propres trouées.

Ce que je retiens d’un retour à Hair, c’est un immense éclat de rire, un chant se propageant à l’échelle de toute la Nord-Amérique et une liberté d’être, mais une liberté d’être impossible à concevoir maintenant. Impossible. Le Pays des Pèlerins de la Fleur-de-Mai (Mayflower) est muselé jusqu’à l’os et plus de 35 millions d’Hispanos l’ont infiltré de l’intérieur et Guevara est en train de gagner le seul combat qu’il n’avait pas prévu, ni nous non plus d’ailleurs, Francos des USA totalisant quelque 25 millions : forcer les grands Texans roux, les red necks15 des Apocalypses maganées à faire leur petit négoce ou leurs grandes opérations en espagnol. Pendant que le In God We Trust16 imprimé sur le billet d’un dollar est aux prises avec un Mahomet victorieux, alors que les Malcolm X17 se multiplient, mine de rien, depuis le Montana jusqu’à la banquise polaire.

« De tu presencia querida, Commandante Che Guevara »18, dit la chanson qu’auront murmurée des millions et des millions de lèvres. Les églises évangélistes auront beau, en contrepartie, vouloir s’emparer de l’âme brésilienne et hispano en construisant des temples à rendre jaloux le Complexe Desjardins, à Montréal, le plus grand héros sanctifié des Amériques demeure le « Tché ». (11 octobre 2007)

« Quiconque a déambulé à travers les plazas centrales de la Latino-Amérique a buté des dizaines et des dizaines de fois contre le visage du « Tché » déposé là, à l’horizontale, sur le macadam en compagnie de toute la paraphernalie19 des posters contemporains !...

Einstein tirant la langue au cosmos, les Beattles unis par leur crinière couronnant l’instrument de leur voix, un Jésus-Christ brésilien au sexe incertain, Frida Kahlo20 la résistante à Coyoacán, México ; la Mulatta callypige21 voisinant avec un Saint-Sébastien percé de flèches offert à la convoitise de voyeurs ambisexes à Rio, Toupac Amarou22 à une certaine époque au Pérou, fréquentant sur le poster voisin quelque jazzman de la Nouvelle-Orléans ; puis un visage de femme, teint blanche-pêche, à l’érotique créole pour gens de couleur ou, à l’opposé, un visage de femme noire chocolat, au sourire cajoleur pour gens sans couleur !... Tout cela, sans oublier les United Colors of Benetton, mais toujours à travers ce dédale d’images se chevauchant, se confrontant ou se donnant l’accolade universelle, l’éternel halo du Che, le « Tché » !

Aucun doute ne plane à cet effet. Le combat de Simón Bolívar a été remporté par Che Guevara dans un monde voulant se libérer tout en conservant l’avant et l’après de sa longue marche : Wall Street et l’aura de sa tribu perdue, les Barbudos de la Sierra Maestra23 et la salsa-reggae de la béguine doublée. L’image de Macadam Cowboy et de la Marlboro America, le spectre de l’ange déchu se retrouvant entre les bras en flammes des Twin Towers et de la Statue de la Liberté transformée en Corcovado24, le Christ rédempteur veillant sur la plage de Copacabana, hantent les couloirs du désir latino. Mais le « Tché », quels que soient les morts qu’on lui impute après coup et le procès qu’on lui intente25… le Che est mort au combat sur la croix désarticulée des yungas26 de la Bolivie, une étoile au front, un scapulaire à la poitrine.

Il est mort en héros catapulté jusqu’au bout de son combat dans les bras mêmes d’un pays portant le nom de Bolívar entre le campo et la roca, la fardoche et le bush27. Et c’est pourquoi dans ces Amériques en éternel recommencement, dans ces terres de paradis perdus transformés en Chicago et en São Paulo, le « Tché » malingre et faible de la Transamérique périurbaine ayant tout abandonné pour un rendez-vous avec la liberté dans les derniers retranchements de l’Histoire en jachère… demeure le véritable héros de ce continent. Auquel l’assassinat confère la goutte de sang autochtone et la parole de sang noir qui confèrent la note complémentaire au concerto baroque du nouveau-monde.

Et que réémerge l’Amérique première au-delà de tous les Mondes Nouveaux entre Iémanja, Tékakouita, Anacaona, Iracèma, la Malinchée, Sacajawéa28… et toutes celles qui l’ont projetée en existence (9novembre 2007)

NOTES

1.Voir « La Longue piste de la Saskatchéouanne » par Jean Morisset (présentation d’Ismène Toussaint sous le titre « Jean Morisset, l’Homme aux racines de vent »), La Nation autochtone du Québec, 13 mars 2006, http://www.autochtones.ca (rubrique Organisation-Autochtones-Métis-Documents de référence) ; « Poème de Jean Morisset » dans le reportage d’Ismène Toussaint et de Raymond Cyr : « Le rêve de Louis Riel se réalise – Reconnaissance officielle des Métis de l’Est par les Métis de l’Ouest – 11 octobre 2005 : « La révolution métisse est en marche ! » déclare Ismène Toussaint lors du lancement de son livre, Louis Riel : Journaux de guerre et de prison », La Nation autochtone du Québec, 19 octobre 2005, http: //www.autochtones.ca (rubrique Organisation-Autochtones-Métis-Articles).

2. Louis Riel (1844-1885). Chef métis canadien-français et écrivain. Né à Saint-Boniface (colonie de la rivière Rouge), il effectua ses études au collège des sulpiciens de Montréal puis, après un bref passage dans un bureau d’avocat, prit en 1869 la tête du mouvement de résistance des Métis de la rivière Rouge contre le gouvernement canadien-anglais qui tentait de s’accaparer leurs terres. Devenu président du gouvernement provisoire en février 1870, il négocia le 15 juillet suivant l’entrée de son pays dans la Confédération, sous le nom de « Manitoba » (en langue crie « le lieu où souffle l’Esprit »), et réclama une amnistie pour ses compatriotes. Mais l’expédition punitive qui fut lancée par les autorités d’Ottawa contre sa province le contraignit à s’exiler aux États-Unis le 24 août 1870. En 1875, quoique ayant été élu député du comté de Provencher (Saint-Boniface), il fut banni du Dominion en raison de l’exécution du voyou orangiste Thomas Scott qui avait été perpétrée par son gouvernement cinq ans plus tôt. Durant les huit années qui suivirent, il mena une vie errante et souvent misérable aux États-Unis puis s’établit comme instituteur dans le Montana. En 1884, les Métis qui avaient immigré en Saskatchewan à la suite du vol de leurs terres au Manitoba, firent appel à lui pour rédiger une liste de leurs droits. Toutefois, une fois parvenu en Saskatchewan, Riel ne put contrôler leur révolte, qui éclata le 18 mars 1885. Le jour suivant, il fonda l’Exovidat, un gouvernement provisoire fondé sur des bases religieuses très personnelles qui était destiné à rapprocher les catholiques et les protestants, et dans lequel il ne jouait que le rôle d’un inspirateur ou « exovide » (du latin exovidus, celui qui est en dehors du troupeau). Cependant, cette autorité politico-spirituelle devint vite impopulaire tant auprès des autorités et de l’Église locales que des Métis eux-mêmes. Le 12 mai 1885, l’opposition du chef métis à la guérilla de Gabriel Dumont, jointe au manque de munitions des combattants, entraîna la sanglante défaite de Batoche. Condamné pour haute trahison au terme d’un simulacre de procès, Riel fut pendu à Régina (Saskatchewan) le 16 novembre 1885. Il repose aujourd’hui dans le cimetière de Saint-Boniface et demeure l’un des symboles de la déchirure entre le Québec et le Canada, les francophones et les anglophones, l’Est et l’Ouest, les autochtones et les Blancs. Il est également l’auteur d’une œuvre considérable, quoique inachevée, qui a été réunie en 5 volumes : Les Écrits complets de Louis Riel, Edmonton, Les Presses de l’Université l’Alberta, 1985 (dir. George Stanley). De nombreux livres lui ont été consacrés, dont Louis Riel, le Bison de cristal, d’Ismène Toussaint, Éditions Stanké, Montréal, 2000 ; Louis Riel, Journaux de guerre et de prison, présentation, notes et chronologie métisse 1604-2006 d’Ismène Toussaint, Montréal, Éditions Stanké, 2005. Voir également de la même auteure : « Louis Riel, écrivain », L’Encyclopédie du Canada 2000, Montréal, Éditions Stanké, 2000. En 2005, l’œuvre politique de Louis Riel a donné naissance à un mouvement d’Union entre les Métis de l’Est et les Métis de l’Ouest du Canada.

3. Ces ouvrages ont respectivement paru aux Éditions Nouvelle Optique, Montréal, 1977 ; Études et recherches, Montréal, UQÀM, 1983 ; Ottawa, The Canadian Journal of Native Studies, vol. 2, nº 1, 1983 ; Vancouver, National Pulp Press, 1984 ; Éditions Nouvelle Optique, Montréal, 1985 ; Éditions du Cidihca, Montréal, 1995 ; Éditions des Trois Pistoles, Québec, 1997 ; Éditions de L’Hexagone, Montréal, 2001 (en collaboration avec Eric Wadell) ; Éditions Québec/Amérique, Montréal, 2002 (en collaboration avec Dean Louder et Eric Wadell) ; Éditions Actes Sud, Arles (France), 2003 ; Éditions Lux, Montréal, date non fixée.

4. Voir, entre autres, Pierre Kalfon : Che : Ernesto Guevara, une légende du siècle, Paris, Éditions Points-Seuil, 2007 (réédition de 1997) ; Loïc Abrassart : Che Guevara, Itinéraires d’un révolutionnaire, Toulouse, Éditions Milan, coll. « Les Essentiels Milan », 2007. Ces ouvrages sont disponibles au Canada.

5. Voir Voyage à motocyclette : Latinoamericana, Paris, Éditions Mille et une Nuits, 2001 ; Otra Vez : second voyage à travers l’Amérique latine (1953-1956), Paris, Éditions Fayard, 2002 ; Journal de Bolivie, Paris, Éditions La Découverte, 1997 (rééditions).

6. Née en Bretagne, Ismène Toussaint a vécu au Manitoba puis au Québec. Outre de nombreux articles de presse et électroniques, de conférences et d’émissions, elle est l’auteure d’ouvrages lui ayant valu le succès et plusieurs prix littéraires : Les Chemins secrets de Gabrielle Roy (1999), Louis Riel, le Bison de cristal (2000), La littérature d’expression française dans l’Ouest canadien (2000), Portraits d’auteurs québécois, canadiens-français et métis de l’Ouest (L’Encyclopédie du Canada 2000), Les Réfugiés (traduction et adaptation de Conan Doyle, 2003), Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy (2004), Louis Riel : Journaux de guerre et de prison, suivi de Chronologie métisse 1604-2006 (2005), Gabrielle Roy et le nationalisme québécois (2006). Également défenseure de la cause métisse dans l’esprit de Louis Riel, elle a contribué, par son action militante et ses écrits, à unir en 2005 les Métis de l’Est et de l’Ouest qui étaient séparés par des siècles d’Histoire et d’injustices (note d’Éric Cartier, communicateur, Montréal).

7. Il s’agit de Carnets de voyage (2004) de Walter Sales, un film et documentaire social particulièrement émouvant qui retrace le parcours initiatique du futur Che en 1952. Gael Garcia Bernal y incarne le jeune Ernesto Guevara.

8. Il s’agit du célèbre Discours d’Alger, qui fut prononcé le 24 février 1965, et dans lequel le Che critiqua violemment l’URSS.

9. Ce film de Milos Forman (1979) est une adaptation de la comédie musicale de Gerome Ragni, James Rado et Galt MacDermot, qui avait remporté un triomphe à Broadway à la fin des années 1960. Il met en scène la rencontre originale d’un jeune fermier de l’Oklahoma, Charles Bukowski (John Savage), en partance pour le Viet Nam, avec un groupe de hippies new yorkais qui va bouleverser sa vie.

10. La construction du pipeline Alyeska, qui traverse l’Alaska de Prudhoe Bay à Valdez (Puorto Valdez) sur une distance de 1 300 km, suscita un débat environnemental et politique national et déclencha tout le processus des revendications autochtones au Canada. La Convention de la Baie-James, qui fut signée en 1975 entre le gouvernement canadien et les Premières Nations quatre ans après l’annonce de l’édification de barrages hydro-électriques dans le Nord du Québec, n’aurait pas existé sans le précédent de l’Alaska.

11. Le 9 novembre 1969, un groupe de 80 Indiens prit possession de l’île d’Alcatraz, dans la baie de San Francisco, et fut bientôt rejoint par 500 représentants de 50 tribus différentes. Ils rédigèrent une déclaration intitulée « Nous tenons le Rocher », dans laquelle ils proposaient d’acheter Alcatraz avec des perles de verre et des chiffons de toile, comme les Blancs l’avaient fait trois-cents ans auparavant avec l’île de Manhattan, pour y implanter un Centre d’études indiennes en écologie. Mais en dépit du soutien dont ils bénéficiaient dans le monde intellectuel et artistique, ils furent expulsés par les forces fédérales un an plus tard.

12. Léonard Pelletier (ou Leonard Peltier ; 1944-). Défenseur des droits des Indiens et prisonnier politique métis américain. Né à Grand Forks (Dakota du Nord), ce membre des Nations Sioux-Lakota et Chippewa de Turtle Mountain (Montagne-à-la-Tortue) est d’ascendance métisse canadienne-française. Le 26 juin 1975, tandis qu’il commémorait le massacre de Wounded Knee de 1890 dans la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud), de faux Indiens à la solde du FBI infiltrèrent l’American Indian Movement (AIM, Mouvement des Indiens américains) dont il était l’un des leaders, et deux agents fédéraux furent retrouvés assassinés. Inculpé de ces meurtres, Léonard Pelletier fut jugé en 1977 à Fargo (Dakota du Nord), condamné à deux peines de prison à perpétuité malgré une absence flagrante de preuves, et incarcéré au pénitencier de Leavenworth (Kansas). Transféré en 2005 au centre de détention de Lewisburg (Pennsylvanie), il ne cesse depuis plus de trente ans de clamer son innocence, son seul crime étant selon lui d’être un « autochtone » (voir Léonard Peltier : Écrits de prison. Le combat d’un Indien, Paris, Éditions Albin-Michel, collection « Terre indienne », 2000). Toutefois, il n’a toujours pas obtenu de procès en révision. Considéré par de nombreuses personnalités et organisations internationales comme la victime d’une machination politico-policière, il est également un symbole de lutte et de résistance pour les Amérindiens, qui voient en lui l’incarnation de l’esprit de Crazy Horse. Son histoire a inspiré, entre autres créations, le film Cœur de Tonnerre (Thunderheart, 1992) du réalisateur Michael Apted, avec Graham Greene, Val Kilmer et Sam Shepard.

13. Adapté du roman de Joseph Conrad, Au Cœur des ténèbres, ce film de Francis Ford Coppola (1979) raconte le périple au Viet Nam du capitaine Willard (Martin Sheen), à qui les services secrets ont confié la mission de retrouver et d’abattre le colonel Kurtz (Marlon Brando) en raison de son comportement sanguinaire. Bien au-delà de la guerre, ce chef d’œuvre nous entraîne dans les tréfonds de la folie humaine.

14. Wasp ou White Anglo-Saxon Protestant signifie « Anglo-Saxons blancs et protestants » : cette expression péjorative désigne l’establishment d’origine britannique.

15. Expression péjorative désignant les « paysans », les « habitants ». Son équivalent est « ploucs », « péquenauds ».

16. Littéralement « Nous croyons en Dieu ».

17. Malcolm X (Malcolm Little, dit ; 1925-1965). Prêcheur métis afro-américain, leader extrémiste musulman et défenseur des droits des Noirs. Né à Omaha (Nebraska), il était le fils d’un charpentier et prêcheur baptiste qui s’opposait à l’intégration des Noirs à la société américaine. Ayant quitté très tôt l’école, il tomba dans la délinquance et passa six années en prison (1946-1952), qu’il mit à profit pour étudier. Á sa sortie, il rejoignit Nation of Islam (La Nation de l’Islam) et en devint l’un des principaux porte-parole (1954-1964) sous le nom de Malcolm X, développant des théories racistes anti-blanc aussi saugrenues que dangereuses. En 1964, il se sépara de cette organisation pour se convertir au sunnisme sous un nouveau nom, El Hajj Malik El-Shabazz, et fonda The Muslim Mosque Inc. (La Mosquée musulmane incorporée). Parallèlement, ayant rejoint le Mouvement des Droits civiques des Noirs, il créa l’Organisation pour l’Unité afro-américaine (Organization of Afro-American Unity, OAAU), un groupe politique non-religieux qui prônait la nécessité de l’auto-organisation de la communauté noire et de la création d’entreprises indépendantes des Blancs. Ce combat lui acquit une audience internationale. Mais le 21 février 1965, alors qu’il s’apprêtait à prononcer un discours à New York, dans le cadre de la Semaine de la Fraternité (National Brotherwood Week), il tomba sous les balles des membres de Nation of Islam. Certains groupes intégristes le considèrent encore aujourd’hui comme un martyr de l’Islam et un grand avocat de l’égalité.

18. « De ta chère présence, Commandant Che Guevara ».

19. Jean Morisset emploie cette expression au sens anglais de « tout le bazar », « tout l’attirail ». En ancien canadien, on aurait dit « toute la chibaye » ou « toute la chibagne ».

20. Frida Kahlo (1907-1954). Peintre et militante communiste métisse mexicaine. Née dans la « Maison Bleue » (actuel musée Frida-Kahlo) à Coyoacàn, au sud du Mexique, elle fut victime à l’âge de quinze ans d’un terrible accident d’autobus qui la contraignit à demeurer couchée une grande partie de sa vie. Elle commença alors à peindre les 150 autoportraits qu’elle devait léguer à la postérité : Frida Kahlo et Diego Riviera, La Colonne brisée, Henry Ford Hospital, Le Lit volant, Autoportrait dédié à Léon Trotsky, Autoportrait à la frontière du Mexique et des États-Unis, Quelques petites piqûres, Les deux Frida, Autoportrait au singe, pour n’en citer que quelques-uns. En 1928, elle rencontra le peintre muraliste Diego Riviera (1886-1957) et l’épousa l’année suivante mais leur union, tumultueuse, aboutit à un divorce dix ans plus tard. En 1930, le couple emménagea à San Francisco puis revint au pays au bout de trois ans. Inscrite au Parti communiste du Mexique (PCM) depuis 1928, Frida Kahlo entama une liaison de deux années (1937-1939) avec Trotski durant l’exil de ce dernier. En 1938, elle connut un début de consécration en exposant à New York − où elle vécut une nouvelle histoire d’amour avec le photographe Nickolas Muray (1892-1965) − puis à Paris l’année suivante. Ses cendres reposent aujourd’hui dans une urne ayant la forme de son visage, qui est conservée dans sa maison natale. Se rattachant à la fois au réalisme, au symbolisme et au surréalisme, l’art de Frida Kahlo se distingue par sa vigueur d’expression, une sensibilité à la fois forte et douce, une grande précision dans les formes, des couleurs riches, sensuelles, et la représentation quasi obsessionnelle des quatreéléments de la nature. Plusieurs biographies lui ont été consacrées, dont Frida Kahlo par Rauma Jamis (Éditions du Chêne, Paris, 1995, et le Livre de poche) ainsi qu’un film très original et très « pictural » : Frida (2002), de Julie Taymor, avec Salma Hayek (Frida Kahlo) et Alfred Molina (Diego Riviera).

21. Mulatta signifie « mulâtresse » en portugais, au sens de « femme sensuelle dont la beauté demeure toujours un mystère pour les Blancs coloniaux » (Jean Morisset). Callypige signifie « aux fesses exagérément développées ».

22. Le Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA), dont le nom est emprunté à un leader métis Inca Quechua qui s’était soulevé contre les colons espagnols à la fin du XVIIIe siècle, est un mouvement marxiste-léniniste né à Lima (Pérou) en 1984. Formé d’un millier de jeunes révolutionnaires, les MRtistes, il était dirigé par Victor Polay Campos (le Commandant Rolando), qui fut arrêté en 1989, sous le gouvernement de Fernando Belaúnde Terry. Le 17 décembre 1996, un groupe mené par un nouveau chef, Nestor Cerpa Cartolini, prit 500 personnes en otage à l’ambassade du Japon de Lima. Il les séquestra durant près de trois mois, exigeant la liberté de 400 camarades révolutionnaires et le changement de la politique néolibérale du président Alberto Fujimori. En dépit de leur reddition lors de l’assaut final, tous les preneurs d’otages furent exécutés le 22 avril 1997.

23. Il s’agit des « barbus de la Sierra Maestra », c'est-à-dire des guérilleros qui, en 1957, suivirent Fidel Castro dans les montagnes situées derrière Santiago de Cuba afin de préparer une offensive contre la dictature du général Batista (1901-1973). Castro prit le pouvoir deux ans plus tard et remplaça cette dictature par une autre, provoquant le départ définitif de Che Guevara en 1965.

24. Jean Morisset renverse ici le symbole : la Statue de la Liberté, tout comme le Christ Rédempteur de Rio, édifié sur le morne mont Corcovado, tournent le dos au continent autochtone et métis.

25. Voir, par exemple, l’ouvrage de Jacobo Machover, La Face cachée du Che (Éditions Buchet-Chastel, Paris, 2007), qui vise à détruire le mythe du militant idéaliste.

26. Mot brésilien signifiant « les forêts, le plein bois ».

27. « Entre la plaine et la roche, les broussailles et le bush ». Campo et roca sont des mots espagnols.

28. Iémanja, Tékakouita, Anacaona, Iracèma, la Malinchée et Sacajawéa sont des héroines mystiques, mythiques ou inspiratrices des Amériques. Jean Morisset laisse les lecteurs de son texte parer ces déesses du visage et des attributs de leurs rêves.
 

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