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Louis Riel, défenseur du peuple métis
Période : 1869 - 2005
Louis Riel, défenseur du peuple métis

Patriote ou traître selon les points de vue, Louis Riel a mené la résistance des Métis en 1869 et en 1885. Le 16 novembre 1885, il est pendu à Regina pour haute trahison. Personnage controversé de notre histoire, Riel symbolise l'antagonisme entre l'ouest et l'est du pays, entre Blancs et Amérindiens, entre Canadiens français et Canadiens anglais. Depuis le centenaire de sa mort, des Métis et des membres du gouvernement tentent de réhabiliter sa mémoire.

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EN AVANT-PREMIÈRE : EXTRAITS DU LIVRE DE GABRIEL DUMONT, SOUVENIRS DE RÉSISTANCE D’UN IMMORTEL DE L’OUEST

Les Éditions Cornac, de Montréal, nous autorisent aimablement à publier quelques extraits de l’ouvrage de Gabriel Dumont, Souvenirs de résistance d’un immortel de l’Ouest (présentation et notes de Denis Combet et Ismène Toussaint), qui sera disponible dans toutes les librairies à partir du mois d’avril 2009.

La résistance de 1885 dans l’Ouest canadien, telle que vous ne l’avez jamais lue ! Ainsi pourrait-on définir ce livre qui plonge le lecteur au cœur-même des batailles du Lac-aux-Canards, de l’Anse-aux-Poissons et de Batoche, grâce à trois textes que le célèbre adjudant-général des Métis avait dictés à des contemporains : Mémoires, Récit et Souvenirs de résistance. Après avoir dormi plus de cent ans dans les archives, ils sont publiés ici pour la première fois dans leur intégralité avec une présentation de deux des meilleurs spécialistes actuels des Métis. Enrichis de témoignages inédits de combattants métis, de correspondances, elles aussi inédites, et d’articles de journaux d’époque, ils révèlent des aspects totalement inconnus de Gabriel Dumont : l’ami d’Honoré Mercier, Premier ministre du Bas-Canada ; l’épistolier, qui correspondit avec les plus hautes personnalités politiques de son temps ; le conférencier, dont le charisme inattendu séduisit le peuple québécois ; le militant pacifique, coqueluche des médias ; l’homme de cœur et d’union qui, jusqu’à la fin de sa vie, échafauda les plans les plus audacieux pour tenter de sauver son peuple.

Extrait de la IVe partie : «Souvenirs de résistance», par Gabriel Dumont

«Nous n'étions que quelques cavaliers et un certain nombre d'hommes à pied, attendant la police grossie de quatre-vingts hommes commandés par Crozier, qui avaient rejoint les quarante fuyards de Mackay. Ils avaient du canon.

J'ai lancé à la poursuite de leurs éclaireurs plusieurs hommes auxquels j'avais donné ordre de ne pas tirer, car Riel nous avait recommandé de ne pas faire feu les premiers.

J'ai donné ordre à mes cavaliers, au nombre de 25, de descendre dans un bas-fond où nous étions à l'abri du canon.

Crozier, accompagné d'un Métis anglais, s'est approché d'un de nos Sauvages qui était sans armes et lui a, paraît-il, donné la main. Celui-ci a voulu alors arracher le fusil des mains du Métis anglais, que je crois être John Dougall MacKay. Ce Métis anglais a tiré un coup et je crois que c'est ce coup de carabine qui a atteint mon frère Isidore et l'a fait tomber de cheval, raide mort.

Ce qui me fait croire que c'est ce coup qui a tué mon frère, c'est que ce Métis avait intérêt à le tuer, vu que mon frère était le seul armé.

Aussitôt ce coup tiré, la police et les volontaires commandés par Crozier ont lancé une décharge et le Sauvage qui était avec mon frère a été tué.

Tout cela s'est passé sans qu'aucun pourparler n'ait jamais eu lieu des deux côtés.

Charles Nolin, qui d'abord avait fait le rodomont, n'était venu avec nous au combat qu'à contre gré. Aussi s'est-il enfui à la première décharge avec la voiture de sa belle-sœur dont il s'empara, se dirigeant du côté de Prince-Albert où il se constitua prisonnier.

Aussitôt la fusillade commencée, nous avons tiré tant qu'on a pu. Pour moi, j'ai déchargé les douze coups de ma carabine Winchester et elle était rechargée pour recommencer son jeu, quand les Anglais, effrayés du nombre de leurs morts, commencèrent à reculer. Il était temps pour eux car leur canon qui, jusque là, avait empêché mes hommes à pied de descendre du coteau, était devenu silencieux, à cause qu'en le chargeant le canonnier avait mis le plomb avant la poudre. Nos hommes à pied commencèrent à les cerner.

Ce premier combat avait duré une demi-heure.

Comme, dans leur fuite, ils devaient traverser une clairière, je m'embusquai en disant à mes hommes : «Courage, je vais faire sauter les capots rouges dans leurs voitures à coups de cartouches !» ; et alors je riais, non pas que j'eusse plaisir à tuer, mais je le faisais pour donner du courage à mes gens.

Comme je m'ambitionnais à culbuter les capots rouges, je ne pensais pas à m'effacer et une balle est venue me sillonner le crâne, sur lequel se voit encore une cicatrice profonde ; j'ai tombé assis et mon cheval, blessé aussi, a passé sur moi pour se sauver. Nous étions alors à 60 verges de l'ennemi. Je voulus me relever, mais le choc avait été si violent que je ne le pus. Quand Joseph Delorme me vit retomber, il cria que j'étais tué. Je lui dis : «Courage, quand la tête n'est pas perdue, on ne meurt pas !» J'ai alors recommandé à Baptiste Vandal de prendre mes cartouches et ma carabine, qui était fameuse et qui portait à 800 verges.

Tout le temps du combat, ce Delorme était à mes côtés, se battant comme un lion. Mais avant, il m'avait dit : «Je n'ai jamais été au feu, ne me ménagez pas et excitez-moi sans cesse en cas que j'aie peur !»

En me voyant tomber, mon frère Édouard a foncé sur moi pour m'entraîner dans le ravin, mais je lui ai dit d'aller plutôt vers nos gens qui semblaient découragés de ma chute. Il les rallia : ils poussèrent des cris de joie et recommencèrent le feu. C'est alors qu'est tombé près de moi mon cousin Auguste Laframboise, auquel je recommandais quelques instants avant de ne pas tant s'exposer. Une balle l'avait atteint au bras et lui avait traversé le corps. Je me suis traîné à lui en rampant, disant en moi-même : « Je vais toujours aller lui faire une petite prière » ; mais en voulant faire le signe de la croix de la main gauche, vu que j'avais le côté droit paralysé, j'ai tombé sur le côté et j'ai dit en riant : «Cousin, je vous la devrai.»

Extrait de l’introduction : «Gabriel Dumont, le dernier des Métis canadiens-français de l’Ouest (1837-1906)», par Denis Combet

«(…) La connaissance que nous avons des actions livrées par Gabriel Dumont au cours des combats du Lac-aux-Canards (26 mars 1885), de l'Anse-aux-Poissons (24 avril) et de Batoche (9-12 mai), repose sur une documentation solide. Sa bravoure, tout comme les stratégies qu'il appliqua, surent inspirer les siens et retardèrent une défaite inéluctable face à l’armée du général Middleton, qui était bien-entendu supérieurement équipée en matériel militaire. Sans doute, comme Dumont le prétend lui-même dans ses récits, s’il avait réussi à convaincre Riel de le laisser lancer une campagne plus offensive, à la manière amérindienne, au lieu de la manœuvre défensive qu’avait adoptée l'Exovidat, il aurait donné davantage de fil à retordre aux troupes canadiennes. Les procès-verbaux de ce mini-gouvernement ne font aucune allusion à ses plans, mais connaissant son tempérament bouillant, il y a fort à parier qu’il les avait exposés directement à ses pairs (…)

Avec une logique parfaitement calculée, Gabriel Dumont comptait ralentir la progression des troupes de Middleton vers Batoche en utilisant des techniques de guérilla, telles que la destruction des ponts, les attaques de nuit, le sabotage du chemin de fer et les feux de prairies. Mais toutes ses tentatives échouèrent, faute de matériel de guerre et de coordination entre les Métis eux-mêmes. Ainsi, l'embuscade qu’il dressa à l'Anse aux Poissons, bien que fort judicieuse, avorta-t-elle à cause de l'imprudence de quelques hommes dont les traces furent détectées par les éclaireurs ennemis. Malgré la valeur indiscutable de certains guerriers métis et les pertes que ceux-ci infligèrent à l’armée canadienne, l'issue fatale ne faisait aucun doute. Afin de protéger Batoche, Gabriel Dumont opta cette fois pour un procédé plus défensif et grâce à une disposition astucieuse de ses effectifs, parvint à faire croire pendant plusieurs jours au général Middleton et à son chef de camp personnel, lord Elliott Melgund, que les Métis occupaient une position avantageuse. Mais déjà, l’ardeur au combat de ces derniers avait faibli : défections et désertions se multipliaient. La pensée de leur famille, livrée loin d’eux à tous les dangers, ajoutée aux menaces d’excommunication lancées par les prêtres, minait leur vaillance. En outre, plusieurs ecclésiastiques, que Dumont qualifia par la suite de «traîtres parmi nous que je ne peux nommer », informèrent Middleton que les Métis n'avaient plus de munitions : le 12 mai, le village de Batoche tombait donc aux mains des forces canadiennes. Insaisissable, le chef métis déclara vouloir se battre jusqu'à la mort, un acte de courage désespéré dont seul son père, Isidore Dumont, parvint à le dissuader (…)»

Extrait de la Ve partie : «Gabriel Dumont au Québec», par Ismène Toussaint

«(…) Toutefois, Gabriel Dumont était loin de se douter de l’accueil éclatant que lui réserverait la population. Encore moins de la « couverture médiatique», exceptionnelle pour l’époque, que les journalistes allaient lui consacrer. Non seulement les précurseurs de nos paparazzi modernes avaient annoncé sa date d’arrivée à Montréal – le 15 avril 1888 – mais tout au long de son séjour, ils tiendraient leurs lecteurs informés des hôtels et des lieux qu’il fréquenterait. Le 16 avril, à peine eut-il franchi la porte de La Patrie qu’une foule « énorme », qui ne cesserait de grossir au cours de la matinée, se pressa dans les bureaux du journal et à l’extérieur : hommes politiques, reporters, membres des professions libérales, simples citoyens, femmes avec leurs enfants, tous se disputèrent l’honneur de lui serrer la main, de le féliciter, de le bombarder de questions. À la fois stupéfait et flatté, Dumont découvrit que l’image que les Québécois (on les appelait encore les «Canadiens» à cette époque) avaient de lui n’était ni celle d’un banal chasseur de bisons, ni celle d’un simple chef métis, encore moins celle d’un «monstre de foire», comme aux États-Unis, mais celle d’un véritable héros national : l’adjudant-général qui avait osé défier une armée de 6 000 militaires envoyés par le gouvernement canadien-anglais contre 300 malheureux fermiers ; le défenseur des Métis canadiens-français de l’Ouest ; et presque un homme politique à part entière.

On vanta sa prestance, sa robustesse, sa tenue vestimentaire : le jour, il portait le plus souvent un chapeau de cow boy et une veste à franges, dans la grande tradition de l’Ouest ; le soir, un costume classique pour ses conférences ou ses sorties. On admira la cicatrice qui sillonnait son crâne, séquelle de la bataille du Lac-aux-Canards. On s’extasia sur sa décoration et sur sa montre en or. On commenta ses moindres faits et gestes. On rit de ses plaisanteries. Le héros du jour se prêta avec bonne grâce à la curiosité bon enfant du public comme aux interviews des journalistes. Ces derniers rivalisèrent de superlatifs pour le présenter dans leurs papiers : «l’intrépide Métis du Nord-Ouest», «le célèbre lieutenant de Riel» (Le Franco-Canadien), «le fameux commandant» (La Presse), «le brave commandant des Métis» (La Patrie), «le héros de bravoure et l’homme de cœur» (La Minerve), etc. Sans oublier de souligner le «rôle considérable» qu’il avait joué dans la résistance du Nord-Ouest (…)»

Les auteurs :

Denis Combet enseigne les lettres à l’Université de Brandon, au Manitoba. Docteur ès lettres, spécialiste des récits de guerre et de voyage, collaborateur à L’Encyclopédie du patrimoine culturel en Amérique du Nord, il a publié une thèse sur les Mémoires du duc de la Rochefoucauld, ainsi que plusieurs études sur Gabriel Dumont et sur les découvreurs canadiens-français. Son ouvrage, À la recherche de la mer de l’Ouest – Mémoires choisis de la Vérendrye, lui a valu une distinction du Globe and Mail.

Ismène Toussaint a vécu au Manitoba et au Québec. Docteure ès lettres, chroniqueure (Prix André-Laurendeau), collaboratrice à L’Encyclopédie du Canada 2000, elle est l’auteure d’essais sur Gabrielle Roy, sur la littérature québécoise et francophone de l’Ouest canadien, et sur Louis Riel : Louis Riel, le Bison de cristal ; Louis Riel, Journaux de guerre et de prison, suivis de chronologie métisse 1604-2006 ; Louis Riel et le Québec (à paraître). Outre les suffrages du grand public, ceux-ci lui ont valu plusieurs récompenses et sont aujourd’hui recommandés par les instances scolaires et universitaires. Sa traduction-adaptation du roman historique de Sir Arthur Conan Doyle, Les Réfugiés, a connu un succès international. En 2005, elle avait joué un rôle important dans la réunification des peuples métis de l’Est et de l’Ouest. Elle se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture de fiction.

À noter que Mme Ismène Toussaint, retirée de toute vie publique depuis l’été 2007 et qui se consacre aux voyages et à l’écriture, n’accepte ni invitations ni entrevues avec les médias, les associations ou les particuliers.

LOUIS RIEL HONORÉ AUX ÉTATS-UNIS PAR LE BIAIS D’UN DE SES ENFANTS SPIRITUELS

Communiqué, 23 janvier 2009 - Les éditeurs montréalais de Mme Ismène Toussaint tiennent à adresser leurs félicitations à cette auteure dont les ouvrages, Louis Riel, le Bison de cristal (Stanké, 2000) et Louis Riel, Journaux de guerre et de prison, suivis de chronologie métisse 1604-2006 (Stanké, 2005), ont été récemment plébiscités par la prestigieuse History Cooperative aux États-Unis.

Fondée par The Organization of American Historians (l’Association des historiens américains) en partenariat avec The University of Illinois Press (le Journal de l’Université de l’Illinois) et le service des archives JSTOR, cet organisme regroupe les chercheurs d’une vingtaine d’universités et autant de revues historiques, dont The Journal of American Ethnic History (Revue d’histoire des ethnies américaines), The Journal of the Abraham Lincoln Association (Revue de l’association Abraham Lincoln), The New York History (L’histoire de New York) et The Western History Quarterly (Trimestriel d’histoire de l’Ouest).

«Bien qu’Ismène Toussaint se définisse comme une journaliste historique et non comme une historienne, elle mérite cette distinction en raison de la rigueur dont elle fait preuve dans ses recherches, de ses qualités d’écriture, et de la manière originale dont elle fait revivre Louis Riel et le fait métis», a déclaré l’un des dirigeants de l’organisation.

En accord avec l’auteure, ces mêmes éditeurs remercient M. Robert C.H. Sweeny, professeur au Memorial University de Terre-Neuve et spécialiste de l’histoire des classes populaires canadiennes, qui a généreusement promu les ouvrages d’Ismène Toussaint auprès de The History Cooperative ; ainsi que ceux qui contribuent à les faire connaître aux États-Unis : Mme Myrna Delson-Karan, professeur de lettres à la Fordham University de New York, la direction et le personnel de la Library of Congress de Washington (D.C.), la Manitoba Metis Federation de Winnipeg (Canada), les Métis franco-américains et américains, les étudiants, les lecteurs et les propriétaires de sites Internet bibliographiques dans ce pays.
 

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