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LOUIS RIEL

UNE TRISTE PAGE DE NOTRE HISTOIRE
QU’IL NE FAUT SURTOUT PAS DÉCHIRER

LOUIS RIEL

par Henri Bergeron (1925-2000)


Une matière d’enseignement qui nous aide à prendre connaissance de nos racines, à nous connaître nous-mêmes, comme le proposait Socrate, c’est l’histoire. Il est regrettable que nous connaissions si peu et peut-être si mal notre histoire. Elle est pourtant un des grands moyens que nous possédons de donner un sens à notre vie, comme nous l’indique encore si bien Saint-Exupéry. Je n’ai ici qu’à évoquer quelques-unes des dates de notre histoire de l’Ouest canadien pour que surgissent des personnages devenus fabuleux, mais qui ne sont malheureusement pas très présents dans la mémoire de nos adolescents, sinon comme des êtres qui ont tout juste existé, pour leur permettre de réussir l’examen d’histoire. Pourtant La Vérendrye, ses fils, les missionnaires jésuites, et les nombreux hommes de son expédition sont bel et bien passés par la rivière Rouge en 1738, où ils élevèrent le Fort Rouge, au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, le Fort Gibraltar, le Fort la Reine à Portage-la Prairie. C’est de cette expédition qu’est née le métissage de ce que nous avons appelé par la suite la nation métisse. Grâce aux efforts et à la ténacité des missionnaires qui s’établirent en permanence en 1818, dont Norbert Provencher devenu en 1822 le premier évêque du Nord-Ouest, la colonie de la rivière Rouge ont effectué de grands progrès. L’arrivée des Sœurs Grises en 1844, l’année même de la naissance de Louis Riel, devait aussi marquer la vie culturelle de ce vaste territoire que dominait la fameuse Compagnie de la Baie d’Hudson, fondée par Radisson et Des Groseillers, mais passée à des intérêts britanniques. Mais il faut rappeler que, pendant près d’un siècle, les voyageurs qui se disaient des hommes libres avaient joué un rôle très important, non seulement comme trappeurs, commerçants de fourrures, guides interprètes et messagers, mais aussi comme amuseurs, raconteurs, journalistes et propagateurs de la langue française, la langue officielle des voyageurs. Il est à noter que même les voyageurs de souche écossaise et irlandaise devaient se rompre à la langue de Molière. Là, je pourrais vous parler longuement des exploits du célèbre Jean-Baptiste Lagimodière, de sa femme, Marie-Anne Gaboury, la première Blanche à venir habiter ce pays, de Louis Riel, le plus tourmenté de nos personnages historiques, celui-là même dont nous célèbrerons le centième anniversaire de la mort le 16 novembre 1885. S’il ne m’est pas donné d’assister à la cérémonie commémorative, je serai certainement ce jour-là, en pensée, devant la cathédrale de Saint-Boniface, près de sa tombe, appuyé sur la charrette de la rivière Rouge qui marque ce lieu, qui fait partie, en quelque sorte, du cénotaphe, Louis Riel, qui j’ose espérer, sera un jour réhabilité pour qu’on puisse enfin lui rendre justice et lui reconnaître officiellement ses titres de père du Manitoba et père de la Confédération canadienne. Cette triste page de notre histoire, il ne faut surtout pas la déchirer, car elle met en évidence tout le mérite de ceux et celles qui nous ont précédés sur cette vaste plaine de l’Ouest canadien. Riel a été condamné pour avoir défendu les siens, les Métis dont il avait totalement épousé la cause, quoique « octavon », c’est à dire n’ayant que peu de sang indien dans les veines. Mais pour lui, cette cause était sacrée et jusqu’au gibet, il a eu la fierté de sa mission. Était-il un fou, un illuminé, un visionnaire ?

Les avis de nombreux historiens qui se sont penchés sur ces moments tragiques de notre passé sont cependant tous unanimes à reconnaître son courage et sa bravoure, quand ce n’est pas son héroïsme. Pour ma part, je le connais bien et j’ai pour lui une admirations sans bornes, compte tenu de l’époque, de la rigueur de l’esprit de ces temps de colonisation, de la difficulté des moyens de communication, de transport et du climat général de cette période de notre histoire. Est-il besoin d’ajouter que les véritables héros n’ont jamais droit à la banalité ?

Si j’ai abordé ce thème, c’est pour ajouter que la vie culturelle francophone n’a jamais été facile ici. Vous n’avez qu’à lire les merveilleux romans de notre compatriote Gabrielle Roy pour vous en convaincre. Et pourtant, comment ne pas vibrer à toutes ces manifestations de courage, de sérénité devant l’adversité dont font preuve ceux et celles qui sont bien déterminés à ne pas cesser de lutter pour que la francophonie canadienne devienne une réalité !

Et puisque je viens d’évoquer le nom de notre célèbre romancière, j’aimerais vous laisser sur une page que je trouve des plus éloquentes sur l’esprit des gens d’ici qui doivent faire de la diversité une sorte de règle de vie. Parmi ce qui a charmé Gabrielle Roy, il y a entre autres « les petits groupes d’arbres, les « bluffs » assemblés comme pour causer dans le désert du monde, et puis c’est la variété humaine à l’infini. » Elle ajoute : « Vous savez combien il se joue de nous, cet horizon du Manitoba ? Que de fois, enfant, je me suis mise en route pour l’atteindre ! On croit toujours que l’on est à la veille d’y arriver, et c’est pour s’apercevoir qu’il s’est déplacé légèrement, qu’il a de nouveau pris un peu de distance. C’est un grand panneau indicateur, au fond, de la vie, qu’une main invisible s’amuse sans doute à sans cesse reporter plus loin. Avec l’âge, enfin, nous vient du découragement et l’idée qu’il y a là une ruse suprême pour nous tirer en avant et que jamais nous n’atteindrons l’horizon parfait sans sa courbe. Mais il nous vient aussi parfois le sentiment que d’autres après nous tenteront la même folle entreprise et que ce bel horizon si loin encore, c’est le cercle enfin uni des hommes. »

(Paru dans Le Nouvelliste, samedi 16 novembre 1985)
 

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